Une chèvre en haut du clocher !
Haute Gironde — le levage au clocher d’Anglade
Une chèvre en haut du clocher !
Les travaux de restauration du clocher de l’église d’Anglade ont franchi une étape cruciale mardi 14 octobre avec la pose d’une poutre porteuse de 200 kg. Ce chantier, mené par un charpentier local, est très attendu par certains habitants, privés du son de leurs cloches depuis mars dernier.
L’opération n’a duré que quelques minutes. Mais il a fallu, auparavant, monter l’échafaudage et installer au sommet la chèvre, l’outil traditionnel, qui a permis de hisser tout en haut du clocher la poutre de 200 kg. Avec précaution, le charpentier Alexandre Lapouble, son apprenti Martin Magnant, ainsi que Montgomery Valenton, prestataire venu leur prêter main-forte, accompagnent la lourde poutre porteuse hissée par le palan motorisé, s’assurant qu’elle ne reste pas coincée par l’échafaudage.
Mardi 14 octobre, cette opération était un moment clé du chantier de restauration du clocher de l’église d’Anglade. Des travaux très attendus par beaucoup d’habitants du bourg, qui ont hâte d’entendre à nouveau sonner les cloches de Marguerite-Angèle et Marie-Élisabeth (ce sont les noms des deux cloches fondues au XIXe siècle). Elles se sont tues en mars dernier, après que d’importantes faiblesses eurent été découvertes dans le clocher.
Depuis, une impression de vide auditif est ressentie par des habitants, en témoignent des appels téléphoniques reçus par la maire. « Ça fait ville morte », confiaient les membres de l’Association pour la restauration de l’église d’Anglade (Area) à « Haute Gironde », en avril.
Un outil traditionnel
C’est Alexandre Lapouble, charpentier installé à Eyrans depuis 2023, qui avait alerté sur l’état du clocher, alors qu’il intervenait sur le toit d’une maison située en face. « J’ai constaté qu’une partie de la charpente était bizarrement fléchie. J’en ai parlé à un élu et nous avons fait le tour. » Le beffroi qui soutient les deux lourdes cloches (300 et 110 kg) est fragilisé, le maire a pris la décision de les faire taire jusqu’à ce que des travaux soient effectués. « Quand les cloches électrifiées sont en route, elles secouent beaucoup la charpente », expliquait Jean-Louis Davanceau, secrétaire de l’Area.
Alexandre Lapouble a été retenu pour assurer le chantier. Il revendique de travailler de façon traditionnelle, avec un outil qu’il a construit lui-même, « à partir de vieux bouquins et de cotes trouvées sur Internet ».
« Respecter les techniques ancestrales »
C’est la première fois que cet ancien policier travaille sur une église. « C’est une des bases du métier de charpentier. » Pour lui, faire cela avec sa machine traditionnelle est une manière de « respecter les techniques ancestrales ».
Il aura donc fallu trois paires de bras pour hisser la poutre porteuse, pièce maîtresse du chantier, jusqu’au sommet. Les travaux étaient prévus pour durer encore deux semaines. Ce n’est pas encore la fin des soucis pour l’église d’Anglade, puisque d’autres travaux sont nécessaires, du côté de l’abside. Les membres de l’Area et la mairie espèrent pouvoir réunir les fonds pour les mener à bien, et d’ici là, entendre de nouveau leurs cloches égrener les heures.
Nicolas Campitelli
Légendes : La poutre est hissée jusqu’au sommet. © Photo NC. La poutre a son emplacement. © Photo AL.
